- La Guerre pour Zendikar : Quand le Multivers a retenu son souffle
- Les Réfugiés et la Fuite
- Sea Gate : Le Dernier Bastion
- La Coalition des Survivants
- Ob Nixilis : Le Démon Déchaîné
- L’Appel des Sentinelles
- L’Affrontement avec le Démon
- Les Serments
- Le Plan de Jace
- La Bataille Finale
- Le Titan de la Distorsion
- Nissa et l’Âme du Monde
- Le Feu qui Consume les Dieux
- Le Prix de la Victoire
- L’Aube des Sentinelles
La Guerre pour Zendikar : Quand le Multivers a retenu son souffle
Deux années. Sept cent trente jours de terreur absolue. Depuis que Nissa avait brisé les sceaux de l’Œil d’Ugin, libérant les titans eldrazi de leur prison millénaire, Zendikar agonisait. Ce qui avait été un monde sauvage et dangereux — un plan où la terre elle-même se rebellait contre ses habitants à travers le phénomène unique du Roulis — était devenu un cauchemar d’anéantissement cosmique. Les Eldrazi ne détruisaient pas simplement : ils consumaient. Chaque parcelle de mana, chaque étincelle de vie, chaque fragment de réalité disparaissait dans le néant de leur faim insatiable.

Les premiers jours après la libération des titans avaient été les plus terrifiants. Les trois Eldrazi — Ulamog, Kozilek et Emrakul — avaient émergé simultanément de leur prison sous les montagnes d’Akoum, leurs formes titanesques dépassant tout ce que les habitants de Zendikar avaient jamais imaginé. Les légendes parlaient des “dieux” ancestraux, mais ces récits n’avaient pas préparé le monde à la réalité cauchemardesque de créatures dont la simple présence corrompait le tissu de l’existence.
Puis, aussi mystérieusement qu’ils étaient apparus ensemble, Emrakul et Kozilek avaient disparu. Personne ne savait où ils étaient allés — peut-être dans les régions les plus reculées de Zendikar, peut-être vers d’autres plans, ou peut-être dans des dimensions que les esprits mortels ne pouvaient concevoir. Ne restait qu’Ulamog, mais Ulamog seul suffisait à condamner un monde entier.

Le titan de la consommation parcourait le plan avec une lenteur terrible, laissant dans son sillage des étendues de terre blanchie — des coquilles vides où plus aucune magie ne pouvait exister. Là où passait Ulamog, même le mana disparaissait, aspiré dans le vide de sa faim cosmique. Ses rejetons, innombrables comme les étoiles d’un ciel maudit, transformaient tout ce qu’ils touchaient en cette même substance crayeuse et morte. Les processeurs eldrazi laissaient derrière eux des structures blanches et cristallines, des monuments involontaires à l’annihilation qu’ils apportaient.
Les Réfugiés et la Fuite
Dans les premiers mois de la catastrophe, des vagues de réfugiés déferlèrent sur les régions encore épargnées. Les elfes de Bala Ged furent parmi les premiers à perdre leurs foyers, leurs forêts ancestrales réduites en poussière blanche en quelques semaines à peine. Les Kor des hautes terres abandonnèrent leurs lignes et leurs points d’ancrage, fuyant vers des territoires qu’ils n’avaient jamais habités. Les sirènes du Halimar virent leurs récifs coralliens mourir, leurs chants de navigation se transformant en lamentations.
Et puis il y avait les vampires. Ces créatures de la nuit, qui avaient longtemps considéré les autres races de Zendikar comme des proies, se retrouvèrent face à un dilemme existentiel. Les Eldrazi ne se souciaient pas de leur immortalité, de leur force surnaturelle ou de leur soif de sang. Pour les titans du néant, un vampire n’était qu’une autre source de mana à consumer. Face à cette menace d’extinction totale, les maisons vampiriques durent faire un choix impensable : s’allier à ceux qu’ils avaient chassés pendant des millénaires.

Sea Gate : Le Dernier Bastion
Au milieu de cette apocalypse, un homme refusait de céder au désespoir. Gideon Jura, le planeswalker dont l’invulnérabilité n’avait d’égale que son sens du devoir, avait fait de Zendikar sa cause. Là où d’autres auraient fui vers des plans plus sûrs — et ils étaient nombreux à l’avoir fait, car les planeswalkers avaient cette option que les mortels n’avaient pas — Gideon organisait la résistance.

Son histoire était celle d’un homme hanté par l’échec. Sur son monde natal de Theros, Gideon avait conduit ses Irréguliers — une bande de jeunes guerriers qu’il considérait comme sa famille — dans une mission contre un titan. Son arrogance les avait tous tués, tous sauf lui, protégé par son invulnérabilité. Cette culpabilité ne l’avait jamais quitté. Sur Zendikar, il voyait une chance de rédemption, une opportunité de protéger ceux qui ne pouvaient pas se protéger eux-mêmes, de ne pas répéter les erreurs du passé.
Sea Gate, la plus grande cité de Tazeem, était devenue le cœur de cette résistance. Vingt acres de civilisation perchées sur les murailles du Halimar, avec son phare de trois cent cinquante pieds dominant les flots — le Phare, centre de tout le savoir de Tazeem — c’était tout ce qui restait de l’espoir de Zendikar. Sous la direction du Commandant Tazri et avec l’aide de l’ange Linvala, les survivants des différentes races de Zendikar avaient mis leurs différends ancestraux de côté pour faire face à la menace existentielle qui les dévorait tous.
Tazri était une humaine d’une détermination exceptionnelle, une tacticienne qui avait compris avant beaucoup d’autres que les vieilles rivalités entre races devaient céder devant la nécessité de survie collective. Elle avait personnellement négocié avec les chefs de chaque faction — les anciens Kor, les matriarches elfiques, les seigneurs vampires — les convainquant un par un que leur seul espoir résidait dans l’unité.
Mais même cette alliance improbable ne pouvait tenir éternellement. Deux ans après la libération des Eldrazi, Sea Gate tomba. La cité qui avait été le phare de la connaissance et du commerce devint un champ de ruines blanches, une autre victime de la faim insatiable d’Ulamog. Le Phare s’effondra, ses trois siècles de savoir accumulé réduits en poussière.

La Coalition des Survivants
La chute de Sea Gate aurait pu marquer la fin de toute résistance. Beaucoup crurent que c’était le cas — que le dernier bastion de l’espoir venait de s’éteindre et qu’il ne restait plus qu’à attendre la fin. Mais Zendikar avait toujours été un monde de survivants — des êtres façonnés par des siècles de lutte contre un environnement hostile où même la terre pouvait se retourner contre vous.
Les Kor, navigateurs des cieux avec leurs crochets et leurs lignes, apportaient leur mobilité légendaire. Capables de traverser les ravins les plus profonds et d’escalader les falaises les plus abruptes, ils servaient d’éclaireurs et de messagers, maintenant les communications entre les différentes forces alliées même quand les routes terrestres étaient coupées.
Les elfes de Bala Ged, dont les forêts avaient été parmi les premières à tomber, combattaient avec la rage de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Leur connexion avec la nature de Zendikar leur donnait un avantage unique — ils pouvaient sentir l’approche des Eldrazi avant même de les voir, percevant le mana qui se faisait aspirer comme un animal sent un prédateur.
Les vampires de Malakir, sous la conduite de Drana, avaient choisi de se battre aux côtés de leurs anciennes proies plutôt que de devenir le repas des Eldrazi. Drana elle-même était une figure légendaire — une vampire d’une puissance immense qui avait survécu à des siècles de conflits. Sa décision de joindre la coalition avait été controversée au sein de sa propre maison, mais elle avait fait valoir que les morts ne peuvent pas se nourrir, et que mieux valait des alliés vivants que des ennemis consumés.
Munda, le chef de guerre Kor, coordonnait les embuscades contre les essaims d’Eldrazi. Sa tactique consistait à frapper vite et fort, puis à se replier avant que les titans ne puissent réagir. Ces raids de guérilla ne pouvaient pas vaincre les Eldrazi, mais ils ralentissaient leur progression, gagnant du temps précieux pour évacuer les populations menacées.
Même les gobelins, souvent considérés comme la race la moins fiable de Zendikar, jouaient leur rôle crucial. Zada, une chaman aux pouvoirs de duplication uniques, menait ses bandes dans des raids suicidaires contre les essaims d’Eldrazi. Son pouvoir lui permettait de multiplier les sorts offensifs, transformant une seule boule de feu en une centaine d’explosions simultanées. Ces diversions spectaculaires détournaient l’attention des processeurs eldrazi, permettant aux forces principales de manœuvrer.

Ob Nixilis : Le Démon Déchaîné
Mais tous les êtres puissants de Zendikar ne combattaient pas du côté de la vie. Ob Nixilis, l’ancien planeswalker devenu démon après avoir été maudit par l’Enchaîneuse, avait été emprisonné sur Zendikar pendant des siècles, incapable de s’en échapper. Son histoire était celle d’une chute spectaculaire — jadis un conquérant d’une cruauté légendaire, il avait parcouru le multivers en laissant des mondes dévastés dans son sillage. Jusqu’à ce qu’il rencontre l’Enchaîneuse, une entité mystérieuse qui lui avait infligé une malédiction terrible, le transformant en démon et éteignant son étincelle de planeswalker.

Les hèdrons du réseau créé par Nahiri l’avaient maintenu captif sur Zendikar, drainant les derniers vestiges de son pouvoir planaire et le réduisant à l’état de créature liée au plan. Pendant des siècles, il avait ruminé sa vengeance, accumulant une haine si pure qu’elle aurait pu alimenter un millier de malédictions. Il détestait Zendikar, il détestait les hèdrons qui le retenaient, il détestait l’Enchaîneuse qui l’avait maudit, et il détestait surtout son impuissance.
La libération des Eldrazi avait perturbé le réseau d’hèdrons, affaiblissant les chaînes qui retenaient le démon. En manipulant les événements et en absorbant l’énergie d’un autre planeswalker — une transgression d’une cruauté inouïe qui tua sa victime dans une agonie terrible — Ob Nixilis parvint à rallumer son étincelle. Libre de voyager à nouveau entre les plans, il aurait pu simplement partir, laisser Zendikar à son sort et chercher de nouvelles proies dans le multivers infini.
Mais la vengeance brûlait trop fort dans son cœur noir. Ob Nixilis voulait voir Zendikar brûler. Il voulait voir les planeswalkers qui avaient osé se dresser contre lui souffrir. Et il voulait savourer chaque instant de leur défaite.

L’Appel des Sentinelles
Face à cette double menace — les titans eldrazi qui dévoraient le monde et un planeswalker démoniaque assoiffé de vengeance — Gideon comprit qu’aucun héros solitaire ne pourrait triompher. Il avait besoin d’alliés. Non pas de simples combattants, mais d’autres planeswalkers, d’êtres capables de comprendre les enjeux qui dépassaient un seul monde, d’individus dont le pouvoir pouvait rivaliser avec celui des menaces qu’ils affrontaient.

Jace Beleren répondit à l’appel. Le télépathe avait parcouru le multivers à la recherche de réponses sur sa propre nature — son passé effacé, son identité fragmentée, les mystères qui l’entouraient depuis qu’il avait découvert son don. Mais les souffrances de Zendikar réveillèrent en lui quelque chose qu’il avait presque oublié dans sa quête de connaissance : une conscience, un sens du devoir envers ceux qui ne pouvaient pas se défendre seuls.
Jace était un homme de contradictions. Son intellect prodigieux analysait la situation avec la froideur d’un stratège, calculant les probabilités de succès et d’échec avec une précision mathématique. Mais sous cette façade de détachement, un cœur qu’il refusait souvent de reconnaître guidait ses décisions. Il ne pouvait pas simplement observer Zendikar mourir. Pas quand il avait le pouvoir de faire quelque chose.
Chandra Nalaar vint aussi, flammes et fureur incarnées. Elle qui avait passé sa vie à fuir — les Consuls de Kaladesh qui avaient tué son père, les chasseurs qui la traquaient, sa propre culpabilité d’avoir survécu quand sa famille avait péri — trouva sur Zendikar une cause qui méritait qu’on se batte. Les Eldrazi ne négociaient pas, ne mentaient pas, ne trahissaient pas. Ils dévoraient, simplement et purement. Face à un ennemi aussi absolu dans son horreur, les flammes de Chandra trouvèrent enfin un exutoire digne d’elles.
Et puis il y avait Nissa. Nissa Revane, l’elfe animiste dont l’erreur avait déclenché cette catastrophe. Dans l’Œil d’Ugin, elle avait cru bien faire — elle avait pensé que les Eldrazi, une fois libérés, quitteraient simplement Zendikar pour chercher leur nourriture ailleurs. Elle s’était trompée, tragiquement, catastrophiquement trompée.
Elle portait sur ses épaules le poids de chaque vie perdue, de chaque forêt consumée, de chaque sourire d’enfant que les Eldrazi avaient effacé. La nuit, dans ses rêves, elle entendait les cris de ceux qui mouraient. Elle voyait les visages de ceux qui avaient fait confiance à Zendikar, à ses défenses naturelles, et qui avaient été trahis par son erreur. Elle ne pouvait pas défaire ce qu’elle avait fait — nul pouvoir du multivers ne le pouvait — mais elle pouvait se battre pour que son erreur ne soit pas la fin de tout.

L’Affrontement avec le Démon
Avant même de pouvoir s’attaquer aux titans, les planeswalkers durent affronter Ob Nixilis. Le démon les attendait, car il avait senti leur arrivée — les étincelles des planeswalkers brillaient comme des phares dans le tissu du multivers pour ceux qui savaient regarder. Il voulait les détruire, savourer leur défaite avant de quitter ce monde maudit.
L’affrontement fut brutal. Ob Nixilis possédait la puissance d’un planeswalker combinée à la forme physique d’un démon — des ailes noires comme le péché, des griffes capables de déchirer la réalité, et une maîtrise du mana noir qui transformait la mort elle-même en arme. Face à lui, quatre planeswalkers qui se connaissaient à peine, dont les pouvoirs ne s’étaient jamais combinés, dont les personnalités divergentes menaçaient à chaque instant de les diviser.
Gideon servit de bouclier, son invulnérabilité absorbant les assauts les plus dévastateurs du démon. Jace tenta de percer les défenses mentales d’Ob Nixilis, mais l’esprit du démon était un labyrinthe de haine pure, si intense que même le télépathe le plus puissant du multivers faillit s’y perdre. Chandra lança vague après vague de flammes, mais Ob Nixilis les absorbait, les transformait, les retournait contre ses assaillants.
Ce fut Nissa qui fit la différence. Son lien avec Zendikar lui permit de puiser dans les réserves de mana du plan lui-même, canalisant une énergie que même le démon ne pouvait ignorer. Les leylines s’illuminèrent autour d’elle, créant un réseau de pouvoir naturel qui neutralisa momentanément les ténèbres d’Ob Nixilis.
Blessé mais pas vaincu, le démon fut contraint de fuir. Il jura de revenir, de se venger, de détruire tout ce que les Sentinelles cherchaient à protéger. Mais pour l’instant, il avait sous-estimé ses adversaires, et cette erreur lui avait coûté cher.
Les Serments
Après avoir vaincu Ob Nixilis dans cet affrontement brutal qui faillit tous les tuer, les quatre planeswalkers se retrouvèrent devant un choix. Ils pouvaient partir, chacun retournant à sa vie errante, ou ils pouvaient faire quelque chose qu’aucun planeswalker n’avait fait depuis l’ère précédant le Raccommodage : s’engager durablement les uns envers les autres.

Gideon parla le premier, comme il convenait au guerrier qui avait porté cette cause depuis le début. Il s’agenouilla dans la poussière de Zendikar, sa main posée sur le sol blanchi par les Eldrazi, et prononça les mots qui allaient définir une nouvelle ère : “Pour la justice et la paix, je monterai la garde.”

Jace hésita. Le télépathe sceptique, celui qui ne faisait confiance à personne — pas même à lui-même, car comment faire confiance à un esprit dont on ne connaît pas l’histoire ? — luttait contre ses instincts. Tout en lui criait de rester distant, de ne pas s’attacher, de préserver son indépendance. Mais quelque chose de plus fort que la peur le poussait en avant. Il prononça des mots qu’il n’aurait jamais cru dire : “Pour le bien du Multivers, je monterai la garde.”
Chandra, impulsive et sauvage, donna une réponse qui lui ressemblait parfaitement. Pas de grandes phrases, pas de promesses solennelles, juste une vérité simple prononcée avec la sincérité du feu : “Si ça signifie que les gens peuvent vivre libres… ouais, je monterai la garde.”
Et Nissa, l’elfe qui avait tant de raisons de se méfier des étrangers, qui avait grandi dans un peuple xenophobe et qui avait appris à ne compter que sur elle-même, ouvrit son cœur blessé à ces trois individus qu’elle connaissait à peine : “Pour la vie de chaque plan, je monterai la garde.”

Ainsi naquirent les Sentinelles — le Gatewatch dans la langue commune. Leur nom venait de Sea Gate, la cité qu’ils défendraient et où ils prononcèrent leurs serments. C’était plus qu’une équipe ou une alliance tactique. C’était un pacte sacré, une promesse que le multivers n’aurait plus jamais à faire face seul aux menaces qui le menaçaient.
Le Plan de Jace
Vaincre Ob Nixilis avait été difficile, mais le démon n’était qu’un obstacle sur le chemin du véritable ennemi. Détruire les titans eldrazi semblait impossible — et de l’avis de beaucoup, c’était effectivement impossible. Ces entités existaient au-delà de la compréhension mortelle. Leurs formes sur Zendikar n’étaient que des projections, des “doigts” plongés dans la réalité d’un être dont le corps véritable transcendait l’espace lui-même. Comment tuer quelque chose qui n’était pas vraiment là ?
Jace, cependant, avait une théorie. Son esprit analytique avait passé des semaines à étudier les Eldrazi, à analyser les récits anciens, à interroger les survivants qui avaient vu les titans de près. Et il en avait tiré une conclusion audacieuse : si les titans n’étaient que partiellement présents sur Zendikar, pourquoi ne pas les forcer à s’y manifester entièrement ?
L’idée reposait sur le réseau d’hèdrons — ces pierres mystérieuses que les anciens avaient créées spécifiquement pour contenir les Eldrazi des millénaires auparavant. Ces hèdrons n’étaient pas de simples prisons physiques ; ils manipulaient le tissu même de la réalité, créant des contraintes qui affectaient les dimensions supérieures où les Eldrazi existaient véritablement.

En réactivant le réseau et en le modifiant, on pourrait théoriquement ancrer les titans au plan, les forçant à exister pleinement dans la réalité physique. Ils seraient toujours immenses, toujours terrifiants, toujours mortellement dangereux — mais ils seraient réels. Et ce qui existe pleinement dans la réalité physique peut être détruit.
Le plan était audacieux, peut-être même fou. Il nécessitait de réactiver un réseau d’hèdrons endommagé par des millénaires de négligence et deux années de guerre eldrazi. Il fallait attirer Ulamog dans une zone spécifique, l’y maintenir assez longtemps pour que les hèdrons fassent leur œuvre. Et surtout, il fallait espérer que la théorie de Jace était correcte — car s’il se trompait, ils n’auraient pas de seconde chance.
La Bataille Finale
Tout commença selon le plan. Nissa, utilisant sa connexion unique avec l’âme de Zendikar, réactiva le réseau d’hèdrons. Les lignes de force qui parcouraient le plan s’alignèrent, créant un piège invisible mais puissant. C’était un travail épuisant — l’elfe animiste devait maintenir son lien avec des milliers de pierres éparpillées sur le continent, coordonnant leurs énergies avec une précision qui aurait été impossible pour quiconque n’avait pas grandi en communion avec le mana de ce monde.
Les forces alliées attirèrent Ulamog vers la zone préparée. Ce ne fut pas une manœuvre subtile — le titan de la consommation n’avait pas de stratégie au sens humain du terme, seulement une faim. Les Sentinelles lui offrirent cette faim sous forme de proies vivantes, de concentrations de mana, de tout ce qui pouvait attirer son attention. Des bataillons entiers furent sacrifiés pour maintenir le titan dans le périmètre prévu.

Les hèdrons s’illuminèrent. Des faisceaux d’énergie pure convergèrent vers Ulamog, l’enveloppant dans un réseau de contraintes magiques comme celui qui l’avait retenu pendant des millénaires. Le titan ralentit, sa progression inexorable interrompue pour la première fois depuis sa libération. Pour la première fois depuis deux ans, il sembla… confus. Affaibli. Les Sentinelles osèrent espérer.

Et c’est alors que Kozilek revint.

Le Titan de la Distorsion
Personne ne l’avait vu venir. Pendant deux ans, Kozilek avait disparu, errant dans des dimensions que les mortels ne pouvaient percevoir. Certains avaient espéré qu’il avait quitté Zendikar, attiré par des proies plus substantielles ailleurs dans le multivers. Ils avaient tort.
Kozilek, le maître des réalités alternatives et des géométries impossibles, émergea du néant avec une violence qui fit trembler le plan entier. Sa simple présence déformait l’espace — les lignes droites devenaient courbes, les distances n’avaient plus de sens, et les pensées des mortels se fragmentaient en échos discordants. Les soldats qui le virent en premier perdirent la raison, leur esprit incapable de traiter ce que leurs yeux percevaient.
Les cristaux parfaitement noirs qui flottaient au-dessus de sa forme colossale absorbaient la lumière elle-même, créant des trous dans la réalité que même les yeux des planeswalkers ne pouvaient supporter. Son pouvoir corrompait les loyautés, embrouillait les pensées, transformait les émotions en désespoir et panique. Des alliés se retournaient les uns contre les autres, convaincus soudain que leurs camarades étaient des ennemis déguisés.

Le piège conçu pour un seul titan vacilla sous le poids de deux. Les hèdrons crépitaient d’une surcharge d’énergie, menaçant d’exploser. Nissa, maintenant le réseau par pure force de volonté, sentait ses forces l’abandonner. Tout ce que les Sentinelles avaient construit — leurs alliances laborieusement forgées, leur stratégie méticuleusement planifiée, leurs espoirs si durement gagnés — semblait sur le point de s’effondrer.

Nissa et l’Âme du Monde
Nissa ferma les yeux. Autour d’elle, le chaos faisait rage — les cris des mourants, le rugissement impossible des titans, le crépitement des hèdrons surchargés. Le monde tremblait sous le poids de deux entités qui n’auraient jamais dû exister dans la réalité physique. Mais l’elfe animiste cherchait quelque chose au-delà du bruit, au-delà de la bataille. Elle cherchait Zendikar lui-même.

Et Zendikar répondit.
Le plan avait souffert, mais il n’était pas mort. Sous les couches de destruction, sous les terres blanchies et les mers asséchées, le cœur de Zendikar battait encore. Les leylines — ces artères de mana qui parcouraient le monde — pulsaient d’une vie obstinée, refusant de céder à l’annihilation. Le Roulis, ce phénomène qui rendait Zendikar si dangereux et si unique, continuait de faire battre le cœur du monde.
Nissa canalisa cette énergie. Elle devint le conduit entre Zendikar et les hèdrons, fusionnant sa conscience avec celle du plan. Dans cet état de communion totale, elle n’était plus simplement une elfe utilisant la magie verte — elle était Zendikar, et Zendikar était elle. Elle tissa le pouvoir en fils de force pure, créant un second réseau qui s’entremêla avec celui des hèdrons.
Les deux titans se retrouvèrent pris non seulement dans un piège de pierre ancienne, mais dans l’étreinte même du monde qu’ils cherchaient à dévorer. Zendikar les tenait, refusant de les laisser partir. Pour la première fois de leur existence, Ulamog et Kozilek étaient complètement, totalement, indéniablement présents dans la réalité physique.

Le Feu qui Consume les Dieux
Ulamog et Kozilek étaient piégés, mais piégés ne signifiait pas vaincus. Leurs formes titanes se débattaient contre leurs liens, et chaque seconde qui passait affaiblissait le réseau. Les hèdrons commençaient à se fissurer, les leylines de Nissa vacillaient sous l’effort. Il fallait agir maintenant, ou tout serait perdu.

Chandra s’avança. Toute sa vie, elle avait eu peur de ses propres flammes — de leur intensité, de leur potentiel destructeur. À Kaladesh, lors de l’exécution de son père, son don s’était éveillé dans un déchaînement de feu qui avait failli tuer ses propres parents en plus des gardes consulaires. Sur Regatha, elle avait appris à contrôler son don au monastère de Keral, mais une partie d’elle avait toujours retenu son feu, craignant ce qui arriverait si elle le libérait vraiment.
Plus maintenant.

Elle puisa dans chaque parcelle de mana que Nissa avait rassemblée. Elle canalisa la rage de Zendikar, la douleur de ses millions de victimes, la détermination désespérée des survivants. Elle prit tout ce que le monde mourant pouvait lui donner, et elle le transforma en feu.
Et elle libéra tout.
Le feu qui jaillit de Chandra Nalaar n’était pas ordinaire. Ce n’était pas simplement du feu — c’était la colère d’un monde, focalisée à travers le cœur d’une pyromancienne sans limites. Les flammes engloutirent les deux titans, brûlant non seulement leur chair physique mais leur essence même — cette partie d’eux qui existait au-delà de Zendikar, dans les dimensions supérieures où ils avaient toujours été intouchables.
Ulamog hurla — si un être sans bouche peut hurler. C’était un son qui transcendait l’audition, une vibration qui faisait résonner l’âme elle-même. Kozilek se fragmenta en géométries impossibles, chaque fragment se consumant avant de toucher le sol. Pendant un instant d’éternité, le ciel de Zendikar fut rempli de flammes si brillantes qu’elles éclipsèrent le soleil, et deux des plus anciennes horreurs du multivers cessèrent d’exister.

Et puis, le silence.
Le Prix de la Victoire
Les titans étaient morts. Pour la première fois dans l’histoire du multivers, deux des trois Eldrazi primordiaux avaient été détruits — non pas emprisonnés comme leurs créateurs l’avaient fait des millénaires auparavant, non pas bannis vers d’autres dimensions, mais véritablement, définitivement annihilés. Leur manifestation matérielle sur Zendikar n’existait plus, et si l’on en croyait la théorie de Jace, l’ancrage au plan avait signifié que cette destruction s’étendait à leur être tout entier.

Mais la victoire avait un prix terrible. Des milliers de Zendikari avaient péri dans la bataille finale — sacrifiés pour attirer les titans, consumés par les flammes de Chandra, écrasés sous les titans en furie. Des régions entières du plan étaient devenues des déserts de poussière blanche, à jamais incapables de supporter la vie. Le mana qui les avait animées avait disparu, aspiré par les Eldrazi avant leur destruction.
Et quelque part dans le Multivers, Emrakul — le troisième et plus terrible des titans — errait toujours, destination inconnue. Les Sentinelles avaient vaincu deux menaces sur trois, mais la plus dangereuse restait en liberté.

Sea Gate fut reconstruite. Sous la direction du Commandant Tazri et avec l’aide de l’ange Linvala, la cité renaquit de ses cendres blanches en moins d’un an. Le Phare fut rebâti, ses murs renforcés, et les réfugiés des régions dévastées trouvèrent un nouveau foyer entre ses murailles. Ce ne serait plus jamais le même Sea Gate — trop de connaissances avaient été perdues, trop de vies sacrifiées — mais c’était un Sea Gate vivant, une preuve que Zendikar avait survécu.
L’Aube des Sentinelles
Pour les quatre planeswalkers qui avaient juré de monter la garde, la victoire sur Zendikar n’était qu’un début. Leur alliance avait prouvé ce que beaucoup croyaient impossible : que des individus aussi différents que Gideon le protecteur, Jace le manipulateur, Chandra la rebelle et Nissa la recluse pouvaient mettre leurs différences de côté pour accomplir l’impossible.
Ils avaient vaincu deux titans du néant. Ils avaient survécu à la trahison d’Ob Nixilis. Ils avaient prouvé que l’union faisait la force, même face aux menaces les plus terrifiantes du multivers. Et ils avaient créé quelque chose qui n’avait pas existé depuis l’ère des Anciens Marcheurs : une organisation de planeswalkers dédiée à la protection du multivers.
Mais d’autres dangers les attendaient. Emrakul était toujours là, quelque part, et ses motivations restaient aussi incompréhensibles que sa forme. Nicol Bolas, le dragon ancien dont les machinations s’étendaient à travers les âges et les plans, tissait ses plans dans l’ombre, manipulant des événements que les Sentinelles ne pouvaient pas encore percevoir. De nouveaux mondes appelaient à l’aide, de nouvelles menaces émergeaient.
Les Sentinelles répondraient à chaque appel. C’était leur serment, leur raison d’être, la promesse qu’ils avaient faite dans la poussière de Sea Gate. Quatre planeswalkers — bientôt plus, à mesure que d’autres rejoindraient leur cause — se dressaient entre le multivers et l’annihilation.
La guerre pour Zendikar était terminée. Mais la guerre pour le multivers ne faisait que commencer.
Prochain épisode : “Ombres sur Innistrad” — Le mystère d’Emrakul : Où est passé le troisième titan ? Les Sentinelles suivent une piste jusqu’au plan gothique d’Innistrad, où d’étranges mutations commencent à affecter les habitants. La folie se répand, les anges deviennent corrompus, et une horreur cosmique se révèle au cœur même de la lune d’argent. Découvrez comment les gardiens du multivers ont affronté une menace qu’ils ne pouvaient pas comprendre — et le prix terrible qu’Innistrad a payé pour leur victoire.



























