- L’éveil d’un dieu brisé
- La folie du survivant
- Xantcha : l’alliée improbable
- Une Phyrexiane qui refusait Phyrexia
- La pierre-cœur
- Serra’s Realm : le paradis perdu
- Un plan artificiel parfait
- Le ver dans le fruit
- L’Académie de Tolaria : le laboratoire du temps
- Maître Malzra et ses recrues
- Les expériences temporelles
- Karn : le golem d’argent
- La naissance d’une conscience
- Jhoira et Teferi
- La Catastrophe Temporelle de Tolaria
- L’invasion et la décision fatale
- L’explosion temporelle
- La culpabilité d’un créateur
- L’Héritage et le Weatherlight
- Un vaisseau entre les mondes
- Le sacrifice de Serra’s Realm
- Bilan : le prix de la préparation
- Dans le prochain épisode…
- Sources
L’explosion du Sylex avait tout détruit. Argoth n’était plus qu’un cratère fumant, son frère Mishra gisait en morceaux de chair et de métal, et le climat de Dominaria basculait vers une ère glaciaire qui durerait des millénaires. Mais au cœur de ce cataclysme, quelque chose d’extraordinaire s’était produit : l’étincelle de planeswalker d’Urza s’était éveillée.
Bienvenue dans l’épisode 2 de notre exploration du lore de Magic: The Gathering. Aujourd’hui, nous suivons Urza dans ses voyages à travers le Multivers — une odyssée marquée par la folie, la culpabilité, et une obsession : détruire Phyrexia. Cette quête le mènera à créer des merveilles… et des catastrophes.
L’éveil d’un dieu brisé
Urza ne s’est pas réveillé en héros triomphant. Il s’est réveillé en monstre. La Mightstone et la Weakstone, les deux moitiés de la pierre qui avait scellé Phyrexia des millénaires plus tôt, avaient fusionné avec son crâne, remplaçant ses yeux. À travers ces gemmes, il voyait désormais le Multivers dans toute sa terrifiante immensité.

La folie du survivant
Les premières années d’Urza comme planeswalker furent marquées par une instabilité mentale profonde. Il avait tué son propre frère. Il avait découvert que Mishra n’était plus humain depuis des années — qu’un monstre phyrexian avait pris sa place. Pire encore, il réalisait maintenant que toute sa guerre, trente-six ans de carnage, n’avait servi qu’à affaiblir Dominaria face à la véritable menace.
Urza parcourait le Multivers sans but, fuyant ses souvenirs. Il passait des décennies sur certains plans, des secondes sur d’autres. Le temps n’avait plus de sens pour un Oldwalker — ces êtres quasi-divins qui ne vieillissaient pas, dont le corps n’était qu’une projection de leur volonté.
Pendant cette période sombre, une obsession grandissait en lui : comprendre Phyrexia. Pas pour faire la paix. Pour la détruire, jusqu’à la dernière goutte d’huile noire.
Xantcha : l’alliée improbable
C’est dans les profondeurs de Phyrexia elle-même qu’Urza trouva sa première véritable alliée. Lors d’une de ses incursions suicidaires dans le plan mécanique, il rencontra une créature unique : Xantcha.

Une Phyrexiane qui refusait Phyrexia
Xantcha était ce que les Phyrexians appelaient une “newt” — un agent dormant, créé pour ressembler à un humain et infiltrer les civilisations avant l’invasion. Mais quelque chose s’était mal passé dans sa création. Au lieu d’une loyauté aveugle envers le Père des Machines, Xantcha avait développé une individualité.
Elle détestait Phyrexia. Elle détestait ce qu’elle était. Et quand elle rencontra Urza, fou de rage et de douleur, elle vit une opportunité : quelqu’un capable de faire ce qu’elle ne pouvait pas faire seule.
Pendant des siècles, Xantcha accompagna Urza dans ses voyages. Elle devint son ancre — la voix de la raison quand sa folie menaçait de le consumer. Elle lui enseigna tout ce qu’elle savait sur Phyrexia : sa structure en neuf sphères, ses factions, ses faiblesses.
Mais surtout, elle lui donna quelque chose qu’il avait perdu depuis la mort de Mishra : une raison de vivre au-delà de la vengeance.
La pierre-cœur
Au centre de la poitrine de Xantcha se trouvait sa pierre-cœur — un artefact phyrexian qui lui donnait la vie et la conscience. Sans elle, Xantcha n’était qu’une coquille vide. Cette pierre deviendrait plus tard l’élément crucial dans la création de quelqu’un d’autre…
Xantcha mourut en combattant le démon Gix, le même préteur phyrexian qui avait corrompu Mishra des siècles plus tôt. Sa mort brisa quelque chose en Urza — mais elle lui laissa aussi un héritage : sa pierre-cœur, et la certitude que même les créations de Phyrexia pouvaient choisir la liberté.
Serra’s Realm : le paradis perdu
Blessé dans son âme et son corps après une confrontation désastreuse avec Phyrexia, Urza chercha un refuge. Il le trouva dans l’un des plus beaux plans jamais créés : Serra’s Realm, le royaume de la planeswalker Serra.
À gauche, Serra la Bienveillante — une Oldwalker d’une puissance immense, mais qui avait choisi d’utiliser son pouvoir pour créer plutôt que détruire. Au centre, le Sanctuaire de Serra, cœur spirituel de son royaume artificiel. À droite, un Ange de Serra, l’une des innombrables créatures ailées qu’elle avait façonnées à partir de mana blanc pur.
Un plan artificiel parfait
Serra’s Realm était un plan artificiel — une réalité entière créée par la volonté d’un seul planeswalker. Contrairement aux plans naturels comme Dominaria, il nécessitait un entretien constant. Serra y consacrait une partie de son essence pour maintenir l’équilibre.
Le royaume était une utopie de lumière, d’ordre et de paix. Des cathédrales de cristal s’élevaient vers des cieux éternellement dorés. Des anges veillaient sur des communautés humaines vivant dans l’harmonie. Aucune maladie, aucune guerre, aucune souffrance.
Urza y passa cinq années à guérir — une éternité pour un mortel, un battement de cil pour un Oldwalker. Serra le soigna avec patience, voyant en lui non pas un héros, mais un être brisé qui méritait la compassion.
Le ver dans le fruit
Mais Urza ne pouvait pas rester. Sa guerre contre Phyrexia n’était pas terminée. Quand il quitta Serra’s Realm avec Xantcha, il ne savait pas qu’il condamnait le paradis.
Les Phyrexians l’avaient suivi. Ils avaient tracé son passage à travers les Éternités Aveugles. Peu après son départ, une force d’invasion phyrexiane attaqua Serra’s Realm.

Serra, le cœur brisé par cette corruption de son œuvre parfaite, abandonna son royaume. Elle ne pouvait plus supporter de voir le mana noir phyrexian souiller ce qu’elle avait créé avec tant d’amour. Elle laissa son archange Radiant en charge et s’enfuit vers Dominaria.
Ce fut une erreur fatale. Sans Serra pour maintenir l’équilibre, le plan commença à se dégrader. Pire encore, des agents dormants phyrexians manipulèrent Radiant, la poussant à la paranoïa et à la tyrannie. L’utopie devint un cauchemar.
Serra elle-même mourut sur Dominaria, assassinée par un planeswalker noir. Elle aurait pu se guérir, mais sa volonté de vivre s’était éteinte avec son royaume. Le paradis était mort — et c’était la faute d’Urza.
L’Académie de Tolaria : le laboratoire du temps
La mort de Xantcha et la destruction de Serra’s Realm auraient pu briser Urza définitivement. Au lieu de cela, elles le focalisèrent. Il comprit qu’il ne pouvait pas vaincre Phyrexia seul, ni même avec quelques alliés. Il avait besoin d’une armée. Il avait besoin de temps.
Sur l’île de Tolaria, au large de Dominaria, Urza fonda ce qui deviendrait la plus grande institution magique et scientifique du Multivers : l’Académie de Tolaria.

Maître Malzra et ses recrues
Urza ne révéla pas sa véritable identité. Sous le pseudonyme de “Maître Malzra”, il rassembla les plus grands talents de Dominaria : artificiers, mages, mathématiciens, biologistes. Tous recrutés pour un seul but — qu’ils ignoraient : préparer la guerre contre Phyrexia.
Parmi ses recrues les plus importantes :
- Barrin — Un archimage d’une puissance exceptionnelle, qui devint le bras droit d’Urza et sa conscience morale. Il remettait constamment en question les méthodes de plus en plus extrêmes de son mentor.
- Rayne — Une érudite brillante qui épousa Barrin et devint la principale historienne de l’Académie.
- Teferi — Un jeune prodige arrogant, dont le talent pour la magie temporelle égalait son manque de discipline.
- Jhoira — Une étudiante Ghitu, patiente et observatrice, qui deviendrait l’une des figures les plus importantes de l’histoire de Dominaria.
Les expériences temporelles
Le projet secret d’Urza était le voyage dans le temps. S’il pouvait maîtriser les flux temporels, il pourrait préparer des décennies de recherche en quelques jours. Il pourrait peut-être même corriger le passé — empêcher la guerre des frères, sauver Mishra avant sa corruption.
Mais manipuler le temps est dangereux. Même pour un Oldwalker.
Les premières expériences utilisaient des bulles temporelles — des zones où le temps s’écoulait différemment. Dans une bulle “rapide”, un chercheur pouvait accomplir des années de travail en quelques heures. Dans une bulle “lente”, il pouvait observer des phénomènes instantanés au ralenti.
Mais Urza voulait plus. Il voulait voyager dans le temps, pas seulement le ralentir ou l’accélérer. Pour cela, il avait besoin d’une sonde capable de traverser les énergies temporelles sans être détruite.
Il avait besoin de Karn.
Karn : le golem d’argent

Urza découvrit que seul l’argent pouvait traverser les flux temporels sans dommage. Il construisit donc un golem entièrement fait d’argent — une machine capable de voyager dans le passé et de rapporter des informations.
Mais Urza voulait plus qu’une simple machine. Il voulait un être capable de penser, de s’adapter, de prendre des décisions. Pour cela, il implanta au cœur du golem l’artefact le plus précieux qu’il possédait : la pierre-cœur de Xantcha.

La naissance d’une conscience
Le résultat dépassa toutes les attentes d’Urza. Karn n’était pas une machine obéissante — c’était un être conscient. La pierre-cœur de Xantcha lui avait transmis quelque chose d’inattendu : la capacité de ressentir.
Karn pouvait éprouver de la joie, de la tristesse, de la peur, de l’amour. Il pouvait apprendre, grandir, évoluer. Et très vite, il développa sa propre philosophie — une philosophie radicalement différente de celle de son créateur.
Là où Urza ne voyait que la guerre, Karn choisit le pacifisme. Là où Urza sacrifiait des vies pour ses objectifs, Karn refusait de faire du mal à quiconque. Ce conflit entre créateur et création marquerait toute leur relation.
Jhoira et Teferi
Les premiers jours de Karn à l’Académie ne furent pas faciles. Le jeune Teferi, arrogant et moqueur, le surnomma “Arty Tête-de-Pelle” et le traita comme un simple outil. Mais une étudiante vit au-delà de l’apparence métallique.
Jhoira reconnut l’humanité naissante de Karn. Elle le prit sous son aile, lui enseigna, lui parla comme à un égal. C’est elle qui lui donna son nom — “Karn”, un mot thran signifiant “puissant” ou “fort”.
Leur amitié devint le premier véritable lien émotionnel de Karn. Jhoira serait sa plus proche amie pendant des millénaires — une constante dans une existence tumultueuse.
La Catastrophe Temporelle de Tolaria
Les expériences de voyage temporel progressaient. Karn effectua plusieurs missions dans le passé — d’abord quelques minutes, puis quelques heures, puis quelques jours. Tout semblait fonctionner.
Puis les Phyrexians attaquèrent.

L’invasion et la décision fatale
Des agents phyrexians avaient infiltré l’Académie. Dans une attaque coordonnée, ils tuèrent des dizaines d’étudiants et de professeurs. Parmi les victimes : Jhoira.
Karn, désespéré, supplia Urza de le renvoyer dans le temps pour empêcher l’attaque. Urza accepta — peut-être par compassion pour sa création, peut-être par curiosité scientifique. Il envoya Karn quelques heures dans le passé.
Karn réussit. Il alerta l’Académie, les Phyrexians furent repoussés, Jhoira survécut. Mais le prix fut apocalyptique.
L’explosion temporelle
Le vortex temporel absorba trop d’énergie. La machine explosa.
La détonation ne fut pas seulement physique — elle déchira le tissu même du temps sur Tolaria. Des centaines de personnes moururent instantanément. L’Académie fut dévastée. Et l’île se retrouva couverte de distorsions temporelles permanentes.
Des zones où le temps s’écoulait mille fois plus vite — entrer signifiait vieillir de décennies en quelques secondes. D’autres où il s’écoulait infiniment lentement — des bulles où des victimes de l’explosion restaient figées pour l’éternité, conscientes mais incapables de bouger.
Ces cartes illustrent les horreurs de la Catastrophe Temporelle. À gauche, une Fissure Temporelle — les déchirures dans le temps qui parsemaient Tolaria. Au centre, le Mouvement Ralenti qui piégeait les victimes. À droite, la Distorsion Temporelle permanente qui rendait l’île inhabitable.
La culpabilité d’un créateur
Pour Urza, c’était le Sylex bis. Une fois de plus, sa quête de pouvoir avait causé une catastrophe. Une fois de plus, des innocents étaient morts par sa faute.
Mais contrairement à la Guerre des Frères, Urza ne s’effondra pas. Il avait appris quelque chose de crucial : les distorsions temporelles, bien que dangereuses, pouvaient être exploitées. Un chercheur équipé d’une armure spéciale pouvait entrer dans une bulle de temps rapide et accomplir des décennies de travail en quelques heures.
Urza reconstruisit l’Académie. Plus grande. Plus puissante. Plus focalisée que jamais sur un seul objectif : créer les armes nécessaires pour détruire Phyrexia.
L’Héritage et le Weatherlight

Les décennies suivantes virent Urza développer son plan ultime : l’Héritage (The Legacy). Un ensemble d’artefacts interconnectés, chacun forgé avec un but précis, qui ensemble formeraient une arme capable de détruire Yawgmoth lui-même.
À gauche, l’Arme de l’Héritage — la forme finale de tous les composants réunis. Au centre, le Weatherlight, le vaisseau volant qui transporterait l’Héritage. À droite, la Graine-climat, le cœur vivant du vaisseau, don de la forêt de Yavimaya.
Un vaisseau entre les mondes
Le Weatherlight était le joyau du projet. Un vaisseau capable de voler à des vitesses supersoniques, mais aussi de voyager entre les plans — une capacité normalement réservée aux planeswalkers.
Sa coque était faite de métal thran récupéré des ruines de l’ancienne civilisation. Son cœur était la Graine-climat, un artefact vivant offert par les esprits de la forêt de Yavimaya. Mais pour alimenter ses moteurs, il fallait une quantité d’énergie colossale.
L’énergie d’un plan entier.
Le sacrifice de Serra’s Realm
Urza savait que Serra’s Realm était condamné. Sans Serra pour le maintenir, le plan artificiel s’effondrait lentement. Les Phyrexians l’avaient corrompu de l’intérieur. Radiant était devenue une tyran manipulée par des agents ennemis.
Il prit une décision terrible : utiliser l’énergie de l’effondrement de Serra’s Realm pour alimenter le Weatherlight.

La mission fut confiée à Jhoira, désormais capitaine du Weatherlight, et à Karn. Ils entrèrent dans Serra’s Realm alors qu’il s’effondrait, sauvant autant de réfugiés que possible — anges et humains fuyant la destruction de leur monde.
Puis Urza déclencha l’Effondrement Planaire. L’énergie d’un univers entier fut canalisée dans la batterie de mana du Weatherlight. Serra’s Realm cessa d’exister — mais le vaisseau était désormais capable de voyager entre les plans.
Les survivants furent installés sur Dominaria, dans une région qui deviendrait New Benalia. Ils y construisirent des cathédrales à la mémoire de Serra, perpétuant son héritage même après sa mort.
Bilan : le prix de la préparation
À la fin de cette ère, Urza avait accompli l’impossible. Il avait créé les outils nécessaires pour affronter Phyrexia : une académie formant les meilleurs esprits, un golem conscient capable de porter l’Héritage, un vaisseau capable de traverser les plans.
Mais à quel prix ?
À gauche, Urza en tant que Seigneur Protecteur — le titre qu’il portait à l’Académie, cachant sa véritable identité de planeswalker. Au centre, Karn Libéré — le golem qui avait transcendé sa fonction d’outil pour devenir un être à part entière. À droite, Jhoira, Capitaine du Weatherlight — l’étudiante devenue héroïne.
- Xantcha était morte en combattant Gix
- Serra’s Realm avait été détruit, ses habitants déracinés
- Serra elle-même était morte, le cœur brisé
- L’Académie de Tolaria avait été dévastée, des centaines de morts
- Dominaria portait encore les cicatrices de l’ère glaciaire causée par le Sylex
Urza avait sauvé le Multivers ? Non, pas encore. Il l’avait préparé — en sacrifiant tout ce qu’il touchait. Chaque victoire venait avec un coût terrible. Chaque avancée laissait des morts derrière elle.
Et le pire était à venir. Car l’Héritage n’était pas qu’un ensemble d’artefacts. Il incluait aussi un composant vivant — un héros destiné à l’utiliser. Urza avait passé des générations à manipuler des lignées, croisant des familles pour créer le guerrier parfait.
Son nom serait Gerrard Capashen. Et son destin serait de porter le fardeau de l’Héritage d’Urza.
Dans le prochain épisode…
Épisode 3 : L’Équipage du Weatherlight
Un vaisseau légendaire. Un équipage de héros improbables. Une quête à travers les plans pour rassembler les pièces de l’Héritage. Découvrez Gerrard, le guerrier au destin tragique ; Sisay, la capitaine indomptable ; Hanna, la navigatrice brillante ; et Squee, le gobelin le plus chanceux du Multivers. Ensemble, ils formeront l’équipage qui affrontera Phyrexia — et beaucoup d’entre eux n’en reviendront pas.
Sources
- Planeswalker (roman de Lynn Abbey, 1998) — Les voyages d’Urza avec Xantcha
- Time Streams (roman de J. Robert King, 1999) — La fondation de l’Académie de Tolaria et la création de Karn
- Bloodlines (roman de Loren L. Coleman, 1999) — Le projet d’eugénisme d’Urza
- Urza’s Saga (extension, 1998) — Cartes illustrant cette période
















